Ma boussole était déjà fixée, avant même que je ne mette des mots sur la destination.
Je veux ne pas vouloir.
Parce qu’alors, le choix devient une petite substance un peu gluante que je peux faire rouler entre mes mains. Et que je peux, d’une certaine façon, partager ce joujou.
J’aime ne pas vouloir.
Parce qu’alors, je sens le pétrole de ses yeux s’embraser et invoquer mon démon intérieur. Et parce qu'alors, mon démon intérieur et son grand méchant monstre s'échangent des regards concupiscents, ils se reconnaissent.
Parce qu’alors, je deviens sa proie préférée, je deviens moi aussi sa destination, l’artefact qu’il veut marquer après m’avoir dépecée de mes vêtements cousus de contrôle, d’anticipation, de calculs.
Parce qu’alors son souffle rauque ranime mes braises intérieures, sa main dans mes cheveux redonne du sens à mon âme, ses mains dans mes entrailles secouent mes verrous, sa voix attrape mon âme pour lui rendre une place.
J’aime ne pas vouloir, et qu’il me force.
Parce qu’alors, l’évidence se fait aussi claire que l’origine du monde, parce qu’alors tout est juste, justifié et tombe sous le sens. Parce qu’alors sa peau a conquis la mienne, son souffle et le mien s’étouffent ensemble, parce qu’alors notre intensité fait tout exploser sauf lui dans moi, moi en lui, et parce qu’alors, la seule lumière, c’est notre absolu.
J’aime ne pas pouvoir dire non.
Parce qu’alors mes refus sentent le flirt, et que son appétit s’aiguise autant que ses lames, et parce qu’alors, tous ses faisceaux de coercition me poussent dans ma bonne direction.
Je n’aime pas obéir. J’aime qu’il me fasse obéir.
Parce qu’alors je me nourris de ce qu’il veut me nourrir, et que je suis ce qu’il veut que je sois. Parce qu’alors, je n’ai plus besoin de me tenir, de savoir, de comprendre, parce qu’alors, je peux laisser mes fissures éclater de lumière.
Je n’aime pas avoir le contrôle, j’aime quand il le prend.
Parce qu’alors, je le vois également. Je vois réellement sa part sombre si belle et si grande, je vois les rouages de ses sombres desseins, de sa cruauté choisie. Parce qu’alors, je le vois magnifique dans sa détermination.
J’aime qu’il me prenne, car je le tiens aussi.
Parce qu’alors mon absolu a un sens : s’il va aussi loin, c’est parce que je le vaux. Parce que je suis son territoire. Parce que je suis celle qui provoque ce déploiement-là. Parce que c’est sur moi qu’il verrouille son intention.
Et parce qu’alors, je m’embrase d’un égoïsme presque indécent.
Je sens à quel point il m’appartient dans cette tension qu’il accepte, dans cette part de lui qu’il expose pour me faire plier. Parce qu’alors, s'il prend le contrôle, c'est parce que je lui ai donné l’espace, l’envie, la nécessité de le faire.
Et parce qu'alors je sens une telle puissance émaner de lui, cette puissance qui vient de moi, que je lui donne. Et que tout son être est alors entier, et que lui non plus n'a plus besoin de ses vêtements. Et parce qu'alors, cet être dépouillé des artifices du quotidien est à moi. Parce qu'alors, je lui appartiens de gré et de force, tout autant qu'il m'appartient dans son intimité cérébrale la plus essentielle.
Parce qu'alors, je n'ai plus besoin de faire de choix. Et parce qu'alors, le choix prend une tout autre dimension, le choix vient de mes entrailles, et n'a pas besoin de se réfléchir, de se penser, de se soupeser. Parce qu'alors, je suis mon propre choix.
J’aime ce que ma boussole me dit :
S’il me domine avec tant d’ardeur, c’est parce que je suis celle qui le rend capable de le faire.
Et parce qu'alors ce "nous" à nu, dans le dépouillement primal et premier, transpire la liberté.
Et parce qu'alors, je me sens si vivante.
CNC my love.
@Le Sombre Enfoiré 鐵厲
Yours, permanently

